Floriane, 29 ans

Floriane
29 ans
Type-témoignage: 
10 ans après

Qu’est-ce que m’a apporté Zellidja ? Vaste question….

J’ai obtenu ces bourses de voyage à 17 et 18 ans, la première pour aller étudier la vie des pêcheurs sur la côte Est de l’Ecosse, la seconde pour aller à la rencontre des “organisations de développement” en Inde du Nord.

Rien de commun entre les deux sujets d’étude, simplement la même démarche : l’ « Esprit Z », comme on dit entre nous. Je crois que c’est sur ce terrain qu’il faut chercher l’ « apport » de Zellidja à chacun, non pas que les connaissances factuelles relatives aux sujets d’étude soient anecdotiques, mais elles auraient pu être acquises d’une autre façon.

« Voyager Z », ce n’est ni être un routard, ni être un touriste dans le mauvais sens du terme, c’est un peu des deux et beaucoup d’autres choses… Bien sûr chacun d’entre nous se sera arrêté visiter un musée, un monastère ou aura pris quelques jours de « vacances » durant son voyage Z, faisant des choses sans rapport direct avec le sujet d’étude initialement choisi, mais le voyage ne se réduit jamais à cela, et finalement ces activités « parallèles » ne vont pas à l’encontre du but final, découvrir un espace géographique selon un axe de recherche précis, afin bien sûr, d’en ressortir un « rapport » qui tienne la route, mais aussi et surtout, de s’épanouir un peu plus à travers une expérience enrichissante et originale dont nous n’aurions pas eu l’opportunité sans Zellidja.

Je ne pense pas que ce type de bourse de voyage puisse aider quelqu’un à apprendre son autonomie, j’étais déjà quelqu’un de très indépendant avant de partir, et ne l’aurais pas fait sinon. Mais ce qui est évident c’est que la bourse de voyage Z permet à des tempéraments un peu inconscient de réaliser les aventures auxquels ils aspirent, et ce, en les « structurant » : en effet, il ne suffit pas d’être débrouillard, curieux, et d’avoir un brin d’esprit critique, il faut avoir tout cela à la fois, et l’organiser le temps de quelques semaines autour d’un projet précis, préparé à l’avance.

Apprendre à définir un projet, à se documenter sur le sujet choisi, à penser au type de rapport que l’on rendra en termes de contenu et de forme, tout cela est une véritable « formation », ou en tous cas cela l’a été pour moi, et j’ai depuis continué à monter projets et voyages.

Un des aspects majeurs qui a fait déclic dans mon esprit lorsque j’ai entendu parler de Zellidja, c’est la nécessité de partir seule. J’étais une véritable tête brûlée à l’époque, et me heurtais régulièrement au refus parental lorsque j’exprimais mes envies diverses… J’avais donc besoin de prouver au monde entier, et sans doute aussi à moi-même, que mes idées n’étaient pas folles et que j’étais capable de les réaliser. Ce fût un « pas » dans ma prise d’indépendance, certes par rapport à mon entourage, mais surtout dans ma tête. J’ai alors énormément pris confiance en moi parce que j’ai pu me dire : « Si  j’ai été capable de réaliser quelque chose auquel personne ne croyait, je suis capable de renouveler l’expérience », et j’ai commencé à « croire en moi », comme on dit… ce fût un apport personnel considérable, je me suis enfin sentie valorisée parce que j’ai eu l’occasion de faire quelque chose qui me plaisait vraiment et que j’avais moi-même conçu d’un bout à l’autre. Si cela m’a bien sûr servi pour concevoir d’autres projets du même genre, cela m’a aussi aidé sur bien d’autres plans, et notamment sur le plan scolaire.

Réaliser ces voyages m’a également permis de relativiser un certain nombre de choses, et de me rendre compte à quel point les problèmes humains sont similaires d’un bout à l’autre de la planète…Ils diffèrent bien sûr par leurs aspects et leur intensité en fonction du contexte, mais il n’y a en fait pas besoin d’aller en Inde pour se rendre compte de ce qu’est la pauvreté. Les expériences, quelles qu’elles soient, sont toutes bonnes à prendre, et plus on en fait, moins elles sont douloureuses, et plus elles sont instructives car on apprend à être moins « sensible » et à prendre plus de recul, à être plus raisonné par rapport à tout ce qu’on engrange…

Certes j’avais déjà le goût de l’expérience avant Zellidja et l’aurais développé de toute façon, mais Zellidja m’a permis de faire des expériences intelligentes et m’a donné le goût de continuer, ce qui n’est pas négligeable…

Aujourd’hui je suis en Inde pour plus d’un an grâce notamment à une bourse du Conseil Régional, j’y apprends le Tibétain et y prépare la réalisation d’un projet de développement local au Tibet même, (…), en partenariat avec un lycée de Gironde.

Ensuite, je rentrerai pour finir mes études de Sciences Politiques dans le cadre d’un Master intitulé « politique et développement en Afrique et dans les pays du Sud ». Ce serait sans doute un peu court de dire que je dois tout cela à Zellidja, j’aurai probablement fait d’autres choses sans ces bourses de voyage… Mais ce qui est sûr, c’est que ces expériences Z furent pour moi extrêmement valorisantes, enrichissantes, qu’elles m’ont donné une force personnelle immense et un goût de la découverte et de la réalisation qui ne se dément pas…

Pourtant les temps changent et aujourd’hui l’idée de voyager seule ne m’excite plus guère ; je ressens maintenant le besoin de partager ce type d’expérience avec d’autres gens, sans quoi elles ont moins d’intérêt. Peut-être simplement parce que ce n’est plus pour moi l’occasion d’apprendre à me connaître, but que je commence à atteindre, ou du moins dont je suis moins éloignée qu’avant, mais bien plutôt à construire des choses avec d’autres gens et à leur donner le goût de ce qui est pour moi acquis…

Mais c’est aussi cela que permet Zellidja, la réalisation d’un « chemin personnel »

 

Date du témoignage: 
septembre, 2017