Lila Pailloux, l’été dernier, au plus près de la nature dans les petites montagnes au-dessus de la ville de Kirkenes en Norvège.

Lila Pailloux, l’été dernier, au plus près de la nature dans les petites montagnes au-dessus de la ville de Kirkenes en Norvège.
© Photo NR

La jeune Poitevine, grâce à une bourse de voyage, est partie à la rencontre des habitants de cette petite ville norvégienne au-delà du cercle polaire. Seule.


C’est un samedi matin de décembre, dans l’émission Parole d’ados, qu’on l’a entendue à France Inter raconter son aventure, encore émerveillée. Un voyage initiatique d’un mois l’été dernier à Kirkenes, village portuaire de 5.000 âmes, perdu à l’extrême nord-est de la Norvège, au-dessus du cercle polaire arctique. « Je n’aime pas ma voix », confie Lila Pailloux, mitigée sur sa prestation radiophonique. Mais si jamais elle a convaincu un jeune auditeur de suivre sa trace, ce serait gagné. Rencontre.
Son parcours
A 18 ans, Lila, passée par le lycée du Bois d’Amour, étudie en 1re année en « Lettres - Science Po » à l’université de Poitiers après un bac L mention très bien. Son futur ? « J’ai deux idées très différentes : faire du journalisme de guerre ou programmatrice de festival des arts de la rue. » Déjà, elle affiche un goût prononcé pour les voyages à l’étranger : Italie, Espagne, Portugal, Roumanie, Angleterre, Inde… « J’aimerais bien vivre à Bristol, j’adore l’atmosphère de cette ville. »
Son projet
La Fondation Zellidja accorde sur dossier des bourses de voyage à des jeunes dans un esprit d’ouverture aux autres. « Il faut partir seul, de manière économique et écologique. » À son retour, le bénéficiaire doit rédiger un rapport pour partager son expérience.

33 témoignages dans son carnet de voyage

Pour son projet, Lila a obtenu 800 €. « Après avoir lu un article dans Courrier International, mon but était de partir à la rencontre des habitants de Kirkenes pour savoir comment ils vivaient le changement de leur environnement avec la route de la Soie polaire, leurs espoirs, leurs craintes. Car l’Arctique devient davantage navigable avec le réchauffement climatique et ils sont directement concernés par le développement des voies de transport maritime. La Russie, dont la frontière est toute proche, et la Chine placent leurs pions pour exploiter des gisements de pétrole et de gaz. »
Son séjour
Lila voulait sortir de sa zone de confort ? Elle a été servie. « Trois jours de soleil en un mois Il a fait entre 0 et 10 °C, avec du vent et de la pluie. Mais comme il faisait jour 24 heures sur 24, je pouvais me promener à deux heures du matin… » Elle s’inscrit à un groupe de randonnée sur Facebook, s’offre une croisière en bateau. « J’ai été éblouie par la nature. » Le fjord, les aurores boréales… « Le temps passait lentement. » L’hébergement ? « Des étudiants russes m’ont prêté un appartement. Eux étaient partis faire une saison au Cap Nord. Leurs amies, Annastasiiaje et Anna, étaient colocataires avec moi. »
Sa démarche
« J’ai commencé par observer les gens car je suis très timide et je me sentais illégitime de leur poser des questions, d’entrer dans leur intimité. D’ailleurs, je n’ai aucune photo des personnes que j’ai interviewées car je n’ai pas osé leur demander… Un couple s’est montré compréhensif de mon stress. Beaucoup de gens étaient très ouverts et se sont prêtés au jeu, des affinités se sont créées. Une bibliothécaire s’est ainsi proposée de m’aider. Tout le monde parle l’anglais, ça facilite les échanges. Au total, j’ai recueilli trente-trois témoignages qui figurent tous dans mon carnet de voyage (NDLR : 124 pages !) car ça me gênait d’en enlever. » Un document très révélateur disponible à la Bibliothèque nationale de France.
Ses rencontres
Parmi les plus marquantes, Lila cite Purmina, 17 ans, née au Népal, qui parle de Kirkenes comme d’une ville « oppressante avec une pression importante sur la jeunesse » mais où elle se sent bien ; Martha, 17 ans, arrivée de Saint-Petersbourg avec sa grand-mère, « végétarienne devenue végane, qui ne pense pas rester à Kirkenes » ; Run Rafaelsen, 65 ans, le maire. « J’aime l’Arctique et la liberté qu’il offre, dit-il à Lila. Kirkenes est un endroit génial pour vivre et l’endroit où je veux mourir. » ; Johnny, 61 ans. « Il me ressemble par son envie de bouger. Né à Kirkenes, il a vécu en Allemagne, en Suède, en Islande et en Italie avant de revenir à Kirkenes à 55 ans. » « Le regard des jeunes, qui travaillent très tôt, m’a paru éclairé et éclairant et leur sens des responsabilités très affirmé, mesure Lila. Ils sont soucieux de l’écologie ou de l’isolement de Kirkenes. »
Retour à Kirkenes
« Aux vacances de février, je retourne une semaine à Kirkenes chez Oyvind, avec qui j’avais randonné cet été. J’ai très envie de voir Kirkenes sous la neige. J’ai l’impression de grandir beaucoup plus vite dans ces endroits qu’ailleurs… »
Informations : Zellidja, www.zellidja.com, tel. 01.40.21.75.32