Zellidja sonne un peu comme une formule magique venue d’un pays lointain, et c’est presque le cas. En 1939, l’architecte Jean Walter crée des bourses après un voyage à bicyclette jusqu’à Istanbul, alors qu’il était encore étudiant. Cette expérience l’amène à gérer des mines qu’il a découvertes au Maroc : les mines Zellidja, qui donneront le nom à son projet. L’objectif est de « donner aux jeunes le moyen de compléter leurs études par des connaissances qu’ils n’ont pas acquises dans les établissements scolaires et n’acquièrent pas davantage dans les grandes écoles ou en faculté. ». Aujourd’hui, l’aventure perdure avec 120 bourses distribuées chaque année.

L’esprit Z

Jean Walter : « L’esprit des bourses est l’orientation vers le caractère, et non pas l’intelligence ou l’information. Dans ce but, chaque boursier part seul. Il constate qu’il peut réussir seul une entreprise, qu’il peut vaincre seul bien des difficultés qui lui auraient paru insurmontables s’il les avait envisagées avant de partir. Il découvre aussi que lorsqu’il entreprend, beaucoup d’opportunités se présentent, auxquelles il ne s’attendait pas. Pour entreprendre, il faut beaucoup de conditions, mais une seule est décisive, décider d’agir. Zellidja révèle leurs propres qualités à tous les jeunes boursiers : ils sont plus remplis de ressources, plus riches de possibilités qu’ils ne le pensaient. Ils peuvent viser plus haut qu’avant leur voyage, être plus ambitieux pour leur carrière, et plus encore pour leur vie. Cette première entreprise décidée et menée seul fait prendre conscience de ce qui existe en chacun et qui ne se serait peut-être jamais éveillé sans ce voyage. Voilà ce qui caractérise l’esprit Z. »
 

Depuis presque 80 ans, la fondation donne l’opportunité aux jeunes de créer leur propre chemin. Appuyée et soutenue, entre autres, par le Ministère de l’Éducation nationale, la Fondation de France et la Bibliothèque nationale de France, Zellidja est aussi un levier pour l’insertion professionnelle.

Pour candidater, il faut respecter quelques conditions : avoir entre 16 et 20 ans, être francophone, déposer son projet de voyage en ligne et s’engager à partir seul avec un sujet d’étude pour une durée d’au moins un mois. Au retour, il est demandé de fournir un rapport sur l’expérience et sur le sujet étudié. En parcourant le site, on peut y découvrir les derniers voyages réalisés : « Sur les traces du bonheur islandais », « L’économie solidaire à Madagascar », « La vie des éleveurs nomades du Kirghizistan »… Les sujets d’études semblent aussi vastes que l’est le monde à parcourir.

Oser partir seul

© LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

Quand j’ai dit à mes amis que je voulais partir un mois seule en Thaïlande étudier l’artisanat on m’a plusieurs fois dit que j’étais folle. Généralement, les autres ont plus peur que toi, et préparer son voyage, c’est aussi se confronter au regard des autres. Si j’avais su il y a quelques années que j’allais partir seule en Asie à 19 ans, je ne l’aurais jamais cru. Je me serais pensée dingue de faire une chose pareille, non pas parce que je n’en avais pas envie, mais parce que je ne m’en serais jamais crue capable. Ce que j’ai appris, c’est que ce n’est pas la confiance que l’on s’accorde qui nous permet d’agir et de faire des choix, mais l’envie. J’ai fait surgir une force incroyable et me suis démenée pour partir. Et j’ai pu me sentir fière de ça.

Si j’avais su il y a quelques années que j’allais partir seule en Asie à 19 ans, je ne l’aurais jamais cru.

Tous ceux qui sont partis seuls un jour vous le diront, partir seul est une expérience forte et précieuse. Tout d’abord parce qu’être seul ouvre davantage aux autres ; on se montre plus réceptif, avenant ou disponible. C’est même garanti, on n’est jamais vraiment seul. Il est d’ailleurs surprenant de constater combien il peut être facile d’aller vers les autres. Et puis, en laissant de côté sa propre langue, sa culture, on s’invite plus facilement à rencontrer de nouvelles manières de vivre. C’est aussi un voyage avec soi-même. Il s’agit de se découvrir, de se faire confiance, de gagner en autonomie et en liberté.

Zellidja, c’est oser, se mettre au défi et se donner un objectif. Le voyage guide, rend plus fort et permet de créer son chemin personnel.

Partie l’été dernier au Québec avec pour sujet « Photographier les grands espaces, à la rencontre des francophones d’ailleurs », Lucille se souvient :

Ce voyage m’a appris à sourire, et j’espère que cette leçon de vie perdurera. Sourire comme première approche pour rencontrer autrui. Sourire pour exprimer son amour et sa reconnaissance. Sourire par sincère bonheur. Mais aussi sourire car sourire est un principe, une norme pour les Québécois. Une réaction d’une amie m’a marquée lorsque nous marchions dans la rue, elle était choquée que nous croisions une femme qui faisait “la tête” alors que rien ne m’avait paru inhabituel ! De plus, les Québécois sont toujours en train de niaiser. C’est-à-dire qu’ils se taquinent gentiment. La méchanceté gratuite n’existe pas ici, pas de hiérarchie non plus entre les individus. Par exemple, un employé et son patron se tutoient et se racontent leurs fin de semaine sans gêne. On m’a expliqué que cela serait dû à leurs racines amérindiennes : quand il n’y avait pas de chef qui possédait plus que les autres.

LUCILLE, PARTIE AU QUÉBEC

Pour certains, la décision de partir se fait sur un coup de tête confiant, pour d’autres, il faudra plus de temps. Laisser mûrir l’idée, se renseigner plus et attendre le bon moment. Mais quand l’envie est là, difficile de la faire taire. Savoir s’écouter est une qualité que l’on apprend vite en préparant le voyage. On ne part pour personne d’autre que soi-même. C’est un cadeau à soi-même, à nos rêves d’enfants et à notre côté aventurier enfoui. Il n’y a pas de profil-type, pas de personnalité plus disposée à partir. Quand on propose le voyage, c’est l’envie qui prime. La confiance en soi suit ensuite.

« Regards en mouvement : paysages et architecture perçus à travers le voyage » était le sujet choisi par Clément, parti cet été au Portugal et en Espagne : 

Ce voyage, c’était finalement une espèce d’odyssée, sans gloire ni retour triomphant. Une odyssée qui se suffit à elle même. Une sorte d’exil auto-imposé qui délivre de la douceur des lieux chéris où il est bon et facile de retrouver son coin préféré, sans en attendre plus. Je n’espérais rien de cet été-là, je n’aspirais à rien de ce temps perdu, j’ai voulu le perdre en me perdant aussi et je l’ai retrouvé. Là où je m’étais perdu j’ai retrouvé ce coin préféré, doux et familier que je n’avais jamais vu mais que je connaissais. Tout cela avec l’intuition que finalement ce sont nos maisons et non nos jambes qui nous font nous tenir le plus fermement ancrés, debouts sur la terre que nous habitons. Je les ai rencontrés, ces lieux, ces êtres, je leur ai parlé seul sur les chemins familiers sur lesquels je me perdais en suivant toujours le même cap. Toujours là où je n’ai pas été, mais où je sais que je serai chez moi. Chez moi, ça a été finalement chez les autres que je l’ai trouvé. Se perdre seul c’est facile, surtout lorsque l’on est coupé de tout. Se perdre avec les autres, c’est avant tout se perdre dans les autres. Pour les autres. Ne pas avoir peur d’être là où l’on ne devrait pas.

CLÉMENT, PARTI AU PORTUGAL ET EN ESPAGNE

Le voyage est formateur : d’abord en amont, choisir un sujet, se documenter, le défendre et le présenter. Prévoir son voyage et son budget, trouver des contacts, des logements, les transports. Puis, pendant le voyage, rencontrer et se rencontrer, chambouler ses croyances, ses espoirs, porter un nouveau regard, faire place au hasard et aux galères. Et enfin, le retour, laisser décanter les expériences, les souvenirs, essayer de comprendre ce que l’on a vécu, l’organiser et en faire un compte-rendu. De manière générale, il s’agit d’affronter ses peurs, trouver seul des solutions à ses problèmes et finalement comprendre que tout peut très bien se passer si l’on y est disposé.

C’est aussi vite réaliser que l’on est atteint d’un sentiment qui ne nous quitte généralement plus : celui de vouloir repartir.

Les candidatures sont ouvertes chaque année de septembre à janvier. Pour cet été, elles se terminent le 31 janvier : http://www.zellidja.com/conditions