Pauline HOA (promotion 2004)

Pauline
Type-témoignage: 
10 ans après

Pauline habite Brissac, un village de 620 habitants, au pied des Cévennes.

« Je suis régisseuse, administratrice et chargée de production au sein de plusieurs compagnies qui me tiennent à cœur, dont Anonima Teatro (théâtre visuel, d’objets, bricolages artistiques en tous genres), Monik LéZart (un regard singulier sur le patrimoine et sur l’histoire) et en ce moment Sacékripa (à la croisée du clown involontaire et du cirque minimaliste).

« Des fourmis dans les jambes, un volcan dans la tête; bien avant de trouver le moyen de m’extraire de mon quotidien lycéen, j’avais déjà un horizon scintillant vers l’ailleurs… C’est mon professeur d’histoire géographie qui nous a touché un mot de Zellidja, je me souviens, c’était comme nous ouvrir une porte derrière laquelle nous pouvions apercevoir un écrin dans lequel l’imagination avait la liberté de s’emballer à sa guise, les projets les plus fous pouvaient s’ébaucher… là.

« Je suis donc partie pour un premier voyage au Pérou, autour d’une étude sur la médecine traditionnelle dans les Andes. J’y ai découvert des hommes et des plantes, bien évidemment, mais avant tout je crois que je me suis un peu plus comprise moi même. J’ai accepté le fait que mon étude ne serait que parcellaire, qu’elle aurait nécessité beaucoup plus d’investissement personnel, de présence, de recherches, de temps passé pour nouer la confiance… Les plantes médicinales et leurs recettes font, pour certaines d’entre elles, partie d’un patrimoine secret qui se transmet peu à peu lorsque se tisse plus fortement la relation entre deux personnes. J’ai compris que ces savoirs et savoir-faire centenaires ne pouvaient pas être débusqués et exposés en si peu de temps…

« J’ai appris. Le rapport à l’autre. L’apprivoisement mutuel. La temporalité, si différente de celle que je connaissais; pas de précipitation possible,  la discrétion du mouvement, la cadence et le balancement de la nature… Tout en moi bourgeonnait avec ces découvertes, le questionnement redondant autour de la place du voyageur dans une société dans laquelle il ne fait que passer… Laisser des traces, des empruntes, de la vie des autres, de la sienne, de l’imbrication de toutes ces subjectivités.

« La bourse Zellidja m’a donné un objectif, un but vers lequel me diriger, elle m’a guidé, m’a rendu plus forte, plus autonome, plus libre aussi. En parallèle de Zellidja, j’avais également reçu une bourse de la ville de Rennes où je résidais, pour la réalisation d’un reportage photographique dans la Cordillère des Andes.

« Je suis rentrée de ce voyage grandie, avec une envie farouche de recommencer. Je n’ai pas pu faire de second voyage Zellidja (déjà trop âgée pour cela!). J’ai continué et achevé mes études de Sciences Po, j’ai passé une année en Amérique Latine dans ce cadre là (en Argentine dans un centre culturel, en Bolivie dans des réseaux alternatifs de bibliothèques nomades, en Équateur dans un formidable restaurant où les instruments de musique passaient de main en main tandis que des ateliers de cuisine étaient proposés chaque semaine, au Chili aussi, où les pentes colorées de Valparaiso me donnent encore un délicieux vertige).

« Plus tard j’ai obtenu également un diplôme de FLE (Français Langue étrangère), dans l’optique de pouvoir travailler dans d’autres sociétés que la mienne, nourrissant l’idée de pouvoir parler plusieurs langues, d’en appréhender les contours et les couleurs.

« Et finalement je me suis tournée professionnellement vers ce qui m’attirait, me faisait marcher, rêver, penser, réfléchir depuis longtemps, ce qui lie aussi les hommes car il a un langage universel : l’art et plus précisément le spectacle vivant. Le vrai but de l’art n’est pas de créer du beau. C’est plutôt une méthode de réflexion, un moyen d’appréhender l’univers et d’y trouver sa place.

Date du témoignage: 
mai, 2016