Continent: 
Amérique
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Iliana
,
2018
,
.
.
Colombie

Sujet d'étude: 
Voyage en auto-stop en Colombie et Equateur

Je suis arrivée à Bogota en Colombie, puis j'ai longé la côte Caraïve en passant par les montagnes, le désert, les plages paradisiaques, la jungle. Je suis ensuite redescendue depuis Cartagena vers l'Equateur, en passant par Medellin et Cali notamment. J'ai fait la plus grande partie de mon voyage en auto-stop.


Le 14 août au soir, à Cartagena, alors que je prévoyais de partir le lendemain en bus pour Cali, je me dis que le trajet étant long, il serait bon que je regarde les horaires de départ au lieu de simplement partir à n'importe quel moment pour le terminal de bus. Deux imprévus surgirent alors. Non seulement le prix était d'au moins 200000 pesos, soit mon budget pour une semaine, mais en plus le voyage durait deux jours. Il était hors de question de payer une telle somme, mais il était surtout hors de question de ne pas arriver à Cali le lendemain ou au pire le surlendemain : du 15 au 20 août devait s'y tenir le festival de musiques traditionnelles du Pacifique Petrono Alvarez. J'envisageai alors l'avion, mais les prix étaient plus exorbitants encore. Ne connaissant pas d'autres moyens de transport en Colombie, je me couchai peu rassurée mais avec l'espoir que la nuit me porterait conseil. Et en effet, je me réveillai avec une idée, y aller en auto-stop. J'en avais déjà fait un peu en Europe, mais en Colombie cela ne m'était jamais apparu comme une option, à part une fois pour un très court trajet. Je me lançai alors, sans le dire à personne pour que l'on ne me dissuade pas, en me disant que j'étais peut être folle, que le soir même je serais peut être bien loin de l'endroit où je souhaitais arriver, qu'il m'arriverait peut être quelque chose d'horrible dans la journée. Mais je décidai que je n'avais pas le choix.
Je regardai alors sur la carte le nom du village le plus proche de Cartagena et dans lequel la grande route était déjà une route et non plus une rue, et allai, avec ce nom écrit sur un papier, demander aux mototaxis de l'angle de m'y emmener. Ce n'était pas pratique pour eux d'aller là-bas, et leur ayant expliqués que c'était pour faire du stop, ils étaient encore plus sceptiques. Mais l'un d'entre eux finit par m'y emmener. Il resta avec moi jusqu'à ce que quelqu'un s'arrête, voulant voir de ses propres yeux mon succès. Et quelqu'un s'arrêta rapidement. Au début, jusqu'à La Yé, ce ne furent qu'une succession de voitures personnelles qui ne faisaient que des courts trajets. Puis je pris mon courage à deux mains et commençai à demander aux camionneurs dans les stations essences. En deux jours, autant que le bus donc, j'arrivai enfin à Cali.
Ce fut mon premier trajet en stop, un peu contrainte par le temps et l'argent, mais bien que fatigante et plus risquée, l'expérience me parut plus intéressante que les voyages en bus : quand d'autre, dans ma vie d'étudiante en cursus scientifique à Paris, ou même de voyageuse, allais-je rencontrer des camionneurs, des travailleurs, des gens qui ne voyageaient pas même dans leur propre pays et dont le travail n'avait rien à voir avec le tourisme ? Ou quand allais-je m'arrêter dans des villes ou villages comme Yarumal, Buga, Guaduas etc si les bus n'y font pas de pause et qu'il n'y a aucune attraction particulière là-bas ? Comment allais-je même connaître les noms de tous ces endroits si je n'avais pas besoin de regarder la carte pour pouvoir dire à l'automobiliste qui s'arrête si sa destination me convient ou non ?
Pour toutes ces raisons, je décidai que le bus était non seulement trop cher mais ennuyeux, et que je ferais désormais tous mes trajets en stop, sans exception. Je ne savais pas à l'époque que parfois des bus me prendraient en stop aussi ! Je suis allée ainsi, ne faisant jusqu'à San Agustin que profiter de toutes ces rencontres.
Mais je remarquai rapidement que mes proches en France, jeunes ou vieux, auto-stoppeurs rodés ou non, trouvaient tous cela inconscient de ma part de faire du stop en Colombie. Les colombiens, quelqu'ils soient aussi et tout en déplorant la mauvaise réputation qu'avaient à tort leur pays à l'étranger, me disaient que ce que je faisais était très dangereux car il y avait "plus de mal ici qu'ailleurs".
Tout cela allait à l'opposé de mon expérience : le pire qu'il m'était arrivé était qu'un automobiliste, le premier, me touche un peu la main, mais il a arrêté dès que je le lui ai demandé et m'a déposée à bon port. En dehors de cela, un ou deux m'ont fait des propositions indécentes ou m'ont posée des questions gênantes sur ma vie sexuelle et amoureuse, mais ce n'est jamais allé au-delà.
Au contraire, les automobilistes m'ont très souvent étonnée par leur générosité et leur volonté d'aider. Si c'était l'heure d'un repas mon conducteur m'invitait toujours à manger, certains voulaient me donner de l'argent après m'avoir déjà conduite, d'autres m'ont hébergée, certains me donnaient leur numéro de téléphone au cas où j'aie besoin d'aide ou passe un jour par leur ville, on faisait parfois un détour pour moi, plusieurs faisaient des arrêts pour me faire découvrir une nourriture locale. Même ceux qui s'arrêtaient mais n'allaient finalement pas au bon endroit voulaient parfois me donner de l'argent pour le bus. Une fois un motard est même retourné chez lui, à un quart d'heure, pour voir s'il trouvait un second casque pour pouvoir m'emmener avec lui. J'étais ébahie par tant de générosité et en même temps étonnée par le discours des locaux, à qui je commençai à poser la question suivante : "quel pourcentage de gens vraiment mal intentionnés, c'est à dire qui rendraient le stop dangereux, pensez-vous qu'il y a autour de vous ?". Pas de la simple délinquance donc, mais vraiment une intention de nuire gratuitement. Et les réponses étaient si étonnantes, j'entendais souvent des 20%, 40%, jusqu'à 80% une fois, que je décidai de faire des portraits d'automobilistes pour changer ces idées reçues, raconter aussi les gens qui aident sans contrepartie et varier des faits divers terrifiants que l'on entend tous les jours.