Continent: 
Europe
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Mathias
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2019
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FI
Italie

Sujet d'étude: 
Dante, ses traces en Toscane et quelques aspects de son oeuvre

Je ne sais pas comment est-ce que j'en suis arrivé là, comment est-ce que j'ai pu partir sur les traces de Dante Alighieri en Toscane. J'ai évidemment conscience de l'importance cruciale et décisive qu'a eu pu jouer la fondation Zellidja; mais, malgré bien gré cela, un réel flou persiste quant aux choses qui ont permises que cela se passe ainsi. Et c'est peut être là un problème.

Les avis sont unanimes, après avoir parlé avec bon nombre de personnes, seule une absolue minorité avait déjà entendu le nom "Zellidja", voilà là en effet le coeur de notre problème. Ils se demandaient comment pouvait-il bien se faire qu'ils n'en aient justement jamais entendu parlé. Et sur ce fait, nous nous rejoignons : je ne sais pas non plus, par quel heureux hasard, j'ai pu en avoir connaissance. Il est clair que je dois grandement remercier monsieur Dadillon, m'ayant permis de découvir cette fondation. Mais, bien que nous soyons déjà un certain nombre à avoir pu nous engager et nous lancer dans cette aventure, il apparaît évident que qui que l'on soit, on ne peut qu'en ressortir transformé (à vous de voir ce que l'on peut bien entendre par cela, des malheurs peuvent toujours arriver, mais ne les espérons tout de même pas). Ainsi, que le développement et la promotion de telles initiatives dussent être de première mesure.

 

Il est bien plus simple d'écrire qu'agir, mais j'ai tout de même envie d'y croire. Je me rends également compte, avec le peu de recul que je peux avoir, de ce que m'a déjà apporté ce voyage et de ce que ça m'apportera. Et plus généralement de ce que ça a pu permettre et va pouvoir permettre, à titre d'exemple, je devrais pouvoir aider quelqu'un, aujourd'hui un ami, rencontré dans un camp d'été à Paul Sabatier, à décrocher un stage dans un observatoire en Italie.

 

J'avoue être parti, en juillet, en me demandant ce qui était en train de se passer. Je savais où j'allais, ce pour quoi j'y allais, mais pourtant, j'avais, alors, du mal à y croire, du mal à croire que ce puisse être possible.

On pourra retrouver un ensemble de péripéties dans le Carnet de bord; mais, déjà, on peut dégager des traits, caractères et faits qui se démarquent : c'était peut-être la première fois que "je travaillais", que je recherchais en en prenant vraiment du plaisir (en dehors des mathématiques), à titre d'exemple, j'ai dû lire plus de cinq mille pages et fais plus de trois cent cinquante kilomètres à pied rien qu'à Florence, à la recherche de diverses choses, de la cathédrale au petit écriteau caché.

Cela se ressent encore lorsque je rédige ces quelques mots, quand je vois la masse phénoménale de travail que je vais avoir pour le rapport (plus de trente sous-parties dont certaines monstrueusement complexes, ou du moins, complexes pour moi). Je n'avais jamais été autant actif. Mais c'est sans parler du "côté social". J'ai fait des rencontres dont je sais très bien que c'est probablement pour la vie. Le courant est si bien passé que nous sommes déjà censé nous revoir.

 

Pour revenir sur ce dont je parlais, ce sont à juste titre toutes ces rencontres, ces opportunités, et même tous les problèmes que j'ai eu (j'avoue que cela aurait été "monotone" et même non enrichissant si il n'y en avait pas eu) qui me donnent envie d'y croire. Qui me donnent envie de croire qu'il est possible de passer de l'écrit aux actes, et que des fondations comme Zellidja sont de première necessité pour la jeunesse.


Cette chose que nous appelons sens semble se cacher en chaque endroit, inhérent à l’objet en question ou existant par un pouvoir symbolique lui étant conféré, parfois sacralisé, au style fuyant ou obscur à la limite de l’hermétisme et mis hors de portée de toute tentative raisonnable d’une édification axiologique,sémantique ou/et téléologique. Ou, tout au contraire, étant dit bon, ce fameux bon sens que l’on retrouve abondamment dans de récents développements politiques, facilitant ainsi grandement la compréhension du discours, mais ayant également ses limites. Puisant sa source en tout un chacun, le sens nous soutient et nous sous-tend; qu’il soit le prolongement que les nôtres, nos sens, peuvent saisir par l’expérience ou plus généralement le contact avec cet Autre, être de pierre ou de chair, chose ou personne que l’on ne comprend, ou ne cherche pas nécessairement à comprendre. Moteur et lueur de l’éclat de nos connaissances, il est tout de même difficile de s’entendre sur le sien, sur le sens du sens. Qu’est donc t’il admissible de dire et faire ? Quelle légitimité peut-on octroyer aux propos, aux dires et à l’interprétation des faits ? A quel point s’éloignent-ils de la réalité historique ? Et finalement, que sont toutes ces choses dont nous avons parlé ? Que veulent-elles dire ? Que veulent-elles nous dire ?

 

Est-il ne serait-ce que possible d’envisager pouvoir apporter une réponse à toutes ces questions ? N’étant, par ailleurs, que les balbutiements d’un plus grand questionnement; par où pouvons-nous commencer ? Certaines voies sont-elles meilleures, plus fécondes ? Une chose est certaine, nous ne devons pas "préférer la carte au territoire", telle est l’expression d’Alain Supiot. Nous ne devons pas avoir peur de nous perdre, de nous retrouver dans une obscure sylve, de devoir arpenter un paysage déboussolant et sans, à première vue, le moindre repère. Il faudra faire preuve de patience, oser entreprendre en sachant que l’on ne peut parfaitement comprendre, mais il ne faut pour autant se résigner, la clef réside dans les détails et l’assemblage minutieux et méticuleux de l’ensemble de ces pièces nous conduira à la pose d’une des pierres angulaires; mais attention, tout peut très aisément s’écrouler, les détails, ces détails qui sont au coeur de notre édifice pourraient s’avérer ravageurs et sceller notre tombeau. Est-ce peut-être là un des buts de ce rapport. Les moyens mis en oeuvre ici pour parvenir aux résultats espérés (et présentés sous peu) n’auront probablement pas le mérite d’être les plus adaptés ou encore les plus "justes", cela pouvant aller jusqu’à remettre en question le fait en lui-même; que ce soit dû à des inconsidérations ou encore un recul non suffisant. Mais nous pouvons tout de même nous consoler timidement, afin que ce rapport ne soit pas initialement vain, en gardant à l’esprit que le maximum sera fait pour rester cohérent et ne pas proposer de visions faussées.

 

 

Nous allons donc nous engouffrer, corps et âme, dans un sujet quelque peu rude, pouvant intimider de par son apparence ésotérique; tel le montre l’intitulé du rapport "Dante, Ses traces en Toscane et quelques aspects de son oeuvre", Dante sera mis à l’honneur et au coeur même du sujet. Mais, comme le laisse entendre la seconde partie de l’énoncé, nous ne nous limiterons pas à cet homme : entre personnage symbolique, oeuvre de fiction, de fantasmes et la rude réalité des faits. L’investigation sera poussée bien au-delà de cette société italienne de la fin du Duecento et du début du siècle suivant : nous tenterons de peindre et de rendre compte des traces que le poète stilnoviste a pu laisser en son temps puis au cours de ce dernier, et ce, jusqu’à aujourd’hui. Dans la perspective de pouvoir faire un ensemble de parallèles avec ce que nous aurons pu voir et constater, voire même déduire, vis-à-vis de notre situation, l’état de nos sociétés, de notre Société. Avant de conclure et proposer un ensemble d’ouvertures, on se concentrera et se demandera si la symbolique dantesque peut rester un motif persistant. Mais le chemin avant d’arriver en ce point est encore long.

 

 

Déjà quelques peu mis à l'honneur dans le paragraphe précédent, nous ne nous tarirons pas de porter une importance significative aux détails; tout en sachant que l'exhaustivité n'est qu'un doux rêve. Il faut accepter que toutes les variables ne soient pas prises en compte, mais nous pourrions justement utiliser cela à notre avantage : sans se perdre sous une masse incommensurable de détails, il serait possible de dresser un portrait, espérons-le, fidèle. Il n'est en revanche pas bon de ne croire qu'en l'espérance, voilà pourquoi nous nous devons d'avoir notre garde-fou, notre domaine d'application et enceinte de véracité, somme tout : notre dialectique. Dont un des plus importants éléments, portant sur nos fameux détails, sera de les lier, de leur donner une ossature; et, par extension, de leur conférer du sens.

 

Je voudrais simplement insister sur le fait qu’on n’a pas le droit de se priver du bonheur de lire La Divine Comédie, de la lire de façon naïve. Ensuite viendront les commentaires, le désir de savoir ce que signifie chaque allusion mythologique, de voir comment Dante a pris un vers célèbre de Virgile et l’a peut-être amélioré en le traduisant. On doit d’abord lire le livre avec une foi d’enfant et s’abandonner à lui ; après il nous accompagnera jusqu’à la fin. Depuis tant d’années que ce livre m’accompagne, je sais que, si je l’ouvre demain, j’y trouverai encore des choses qui m’avaient échappé. Je sais que ce livre ira bien au-delà de ma veille, bien au-delà de nos veilles. J.-L. Borges, "La Divine Comédie, dans sept nuits, oeuvres complètes, tome 2, page 654"

 

Lançons nous donc, corps et âme, dans ce voyage dantesque...