Continent: 
Asie
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Céline
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2018
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Territoire palestinien

Sujet d'étude: 
Découvertes artistiques et artisanales en Cisjordanie

Durant un mois j'ai sillonné la Cisjordanie, de villes en déserts, partageant le quotidien de familles, me liant d'amitié avec des artisans, dénichant de l'art et découvrant l'incroyable énergie des Palestiniens. A travers Jérusalem, Bethléem, Dheisheh, Hébron, Ramallah, Betunia, Jéricho, Naplouse, Rafidya, dans le désert de Judée et dans l'oued Qelt, j'ai exploré les limites entre l'art et l'artisanat, puis entre l'artisanat et l'industrie : je me suis perdue dans ces branches qui s'entremêlent, qui cousent et filent l'histoire de la Palestine. Je me suis abandonnée à la musique, à la chaleur, à la joie, bercée par le pays, Palestine découseuse d'idées préconçues, brodeuse d’enthousiasme et de courage. 


Thématiques: 

(...) Nous avons par la suite visité les ateliers de poterie, de calligraphie et de mosaïque ; puis les expositions réalisées par les étudiants dans les étages du département d’art de l’Université. Je suis émue par des sculptures en plâtre et papier mâché sur le thème de la douleur et de la fuite. Y sont représentés grandeur nature des corps torturés, déformés, momifiés, des cris et des tentatives d’échappement, d’extirpation, de sortie. L’intention de ce travail n’est pas explicite : il pourrait s’agir uniquement d’un travail sur "le corps et la torture, la douleur" et "le corps et l’obstacle, la fuite", mais Noor et moi ne pouvons pas nous empêcher d’y voir une résonnance avec l’oppression et la restriction de la liberté qu’ont pu subir les Palestiniens… Dans d’autres couloirs, des tableaux, des séries de représentations qui visiblement développent le rapport au corps et à la famille, à l’enfant, attirent mon attention : le dessin adopte un style « enfantin » et les textures, les couleurs semblent chanter. Elles racontent des vies et le tableau s’anime, l’image dégage une force de douceur douloureuse. Le sublime caresse le terrible, l’innocence frôle la cruauté et dansent réunis sur la toile. Les corps sont vulnérables mais leur regard pénètre, désarçonne. (...) Éloignons nous. Errons quelques temps le long du mur de séparation, à Bethléem. Quand j’y arrive, pendant un instant je cesse de respirer. Un monde s’arrête ici. Derrière y en a-t-il un autre ? La présence du mur est presque un peu violente, impromptue : où est donc l’autre côté de la rue ? Le trottoir d’en face ? Il semble posé là accidentellement ; un malentendu de sept mètres de haut en béton armé surmonté de barbelés. Puis mes yeux, au début saisis par la hauteur, se tournent vers l’horizon – pas de fin. La séparation, construite sur ladite Ligne Verte dès les années 2000, s’étend sur 810km, matérialisée par des barrières de barbelés ou des murs de béton. Derrière le mur, un no man’s land, puis derrière, un mur ou des barbelés, et puis derrière, treize mille foyers de colons israéliens. Je reprends mon souffle en voyant toutes ces couleurs sur le mur – et commence à pouvoir avancer, piquée de curiosité. Le mur de séparation est devenu une œuvre énorme, un panneau d’expression géant, grouillant d’idées superposées, d’images, de messages. Des artistes du monde entier sont venus poser leur marque enragée, leur message. Dans toutes les langues des mots d’amour, de colère, de paix, des slogans (« make houmous, not walls »), des témoignages, des figures de la résistance et des figures de l’oppression, des références culturelles ironiques, des passages de la Déclaration universelle des droits de l’homme… (...) Le mur marque et bouleverse le quotidien des Palestiniens. Je pense que cet engouement touristique pour le mur, s’il a quelque chose d’un peu pénible (un désastre qui devient attraction touristique), affiche et traduit un soutien symbolique venant du monde entier pour les Palestiniens : « on ne vous oublie pas ». Bien que ce soutien et ce non-oubli manquent un peu d’effets concrets, c’est plutôt encourageant (encou-rageant) de regarder tous les messages que porte le mur, et cet élan populaire insurgé contre cette horreur. L’art n’est rien (qu’une minuscule couche de matière sur du béton armé) comparé à la violence du mur, mais il le bafoue, l’humilie en faisant de lui le canevas de la colère qu’il engrange. L’art tourne le mur en ridicule, et ceux qui ont commandé et financé sa construction avec. Il rappelle à ses victimes qu’il n’est pas légitime et que le monde lui non plus ne trouve pas ça légitime. Il dénonce et démonte les grands inhumains qui aiment les murs, vaniteux et cupides Sharon, Netanyahou et Trump. Il remet en mémoire les résistants, les révolutionnaires et tous ceux qui luttent et ont lutté pour la liberté, la paix et l’indépendance de la Palestine. (...)