Continent: 
Europe
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Anaïs
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2018
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Italie

Sujet d'étude: 
Être autiste en Italie

En France, les enfants atteints de TSA (troubles du spectre autistique) sont orientés vers des établissements spécialisés. Assez peu d'entre eux peuvent aller dans un école ordinaire. En Italie, cela figure dans la loi: tous les enfants atteints de handicap doivent être scolarisés, si un établissement ne met pas tout en oeuvre en vue de l'inclusion, il est punit par la loi. La notion d' "incurable" n'est pas admise.
Pendant mon voyage j'ai pu rencontrer les acteurs de l'inclusion, les enseignants de soutien, les professeurs, les éducateurs, mais aussi les familles et les spécialistes. Mon étude explique les rouages de l'inclusion, et regroupent un ensemble d'exemples, d'initiatives, de rencontres, qui vont de Padoue à Naples en passant par Trévise, Bologne, Florence et Pise.


On est arrivées à 11h à la piscine, il y avait beaucoup de monde parce que le 2 juin c’est la fête nationale de l’Italie, et même si les gens sont pas forcément très patriotes, un jour férié c’est toujours chouette. On retrouve Gretta et sa maman. J’ai beaucoup joué avec Sara et Gretta. Requin, baleine, lamantin, balle, courses. C’était long. Je m’ennuyais un peu, parce qu’en fait je voyais pas trop ce qui était amusant parfois, mais bon. A un moment je suis restée avec Eva dans le bassin thermal chaud et peu profond, à l’intérieur. Pour avoir les bulles et les douches, elle pousse les vieilles dames qui restent là des plombes et leur pique la place. C’est marrant. Elle aime bien regarder les gens sauter et plonger dans l’eau, ça l’amuse. Elle a presque envie de faire pareil. Au début de la journée elle posait sa main sur les plots pour plonger. A la fin elle s’asseyait en tailleur dessus. C’que j’ai bien aimé aussi c’est manger sur place le p’tit pique-nique, ça c’est cool. Il y avait plein de monde que Samuela connaissait, genre des mamans de potes de Sara. Quand on est parties à 18h on était avec Iliria, la mère d’Anita, qui fait de la danse avec Sara. Iliria est psychologue. Elle est assez chouette. Quand on est parties, Eva est allée jusqu’au bar de l’entrée pour avoir une glace, même si c’était pas le moment. Du coup, elle a repéré une dame qui était en train de payer la sienne. Eva a essayé de la prendre mais elle était trop petite par rapport au comptoir et à la dame. Du coup ça donnait un truc du genre essai > échec > frustration > tour de salle > essai > échec > frustration > tour de salle… Un peu comme ça, mais moins régulier bien sûr, et avec des p’tits cris plus ou moins longs et aigus. Enfin, la dame continuait à jouer comme quand on donne un croqu’snack à un chien (« hop la ! Et non tu l’auras pas ! »). Sur le coup je me suis dit « mais qu’elle andouille, c'est pas possible ». Aujourd’hui j’me dis qu’elle ne pigeait rien de ce qui lui arrivait. Samuela lui a dit au début, quand Eva a foncé dessus, qu’elle était autiste et qu’elle s’excusait. La dame a pas dû entendre, du coup comme la crise continuait, Ilaria a monté le ton, genre « C’est une enfant autiste, elle peut pas comprendre ni supporter la frustration ! C’est pas un caprice ! ». Samuela était tellement fière de sa pote qu’elle me l’a raconté en marchant jusqu’à la voiture, dans la voiture, ensuite elle l’a raconté à Sara (alors qu’on était là toute les deux et qu’on avait bien vu la scène), et puis à Eric une fois à la maison. Après à table, elle m’a expliqué que si elle avait été toute seule quand ça s’est passé (parce que quand même, y’avait beaucoup de monde et de bruits en plus des cris de Eva), elle aurait sans doute paniqué et pleuré. J’me suis dit qu’il faudrait qu’elle soit capable de surmonter ce genre de situation, ça nous arrivait souvent avec maman et mes frères de devoir dire aux gens "et alors ? ils sont autistes". Mais ça vient pas comme ça, il faut du temps.