Continent: 
Europe
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
oui
Léa
,
2017
,
.
.
Espagne

Sujet d'étude: 
Histoires et portraits de musiciens, un voyage entre parole et musique

De Barcelone à Bilbao, en passant par la belle Granada, Madrid, et bien d'autres lieux, j'ai sillonné les ruelles des grandes villes et petits villages, les oreilles grandes ouvertes, espérant croiser un musicien au coin de la rue. Un projet littéraire fondé sur l’échange humain à travers et à propos de la musique : des histoires humaines d'abord.


Thématiques: 

Jour 41, Jeudi 10 août Aujourd’hui je retourne à Madrid, enfin ! J’appelle Yerik pour lui demander si je peux revenir habiter chez lui, parce qu’il me manque réellement. Je passe déposer mon sac chez lui et lui faire un coucou, avant de le laisser continuer à travailler et de filer à La Latina pour y retrouver Ricardo, un joueur de flamenco. Sa guitare sur le dos, Ricardo me rejoint sur les marches en pierre devant l’école de danse de La Latina. Il a de grands anneaux dans les oreilles, et un regard bienveillant. Il commence immédiatement à me raconter le flamenco, comment il a appris à jouer avec son grand père, l’année qu’il a passée à Granada à jouer avec les gitans du barrio de Sacromonte il y a dix ans, les bars brésiliens de Lavapies dans lesquels il joue chaque jeudi… Je bois chacun de ses mots et suis fascinée à tel point que j’en oublie de sortir mon dictaphone ! A 20 heures il doit se rendre à l’école de danse de flamenco pour jouer afin qu’une élève puisse s’entraîner dans les conditions réelles. J’ai le droit de l’y accompagner ! La danseuse est une jeune russe, fine et délicate. Elle danse déjà très bien m’avait prévenu Ricardo, mais elle doit encore se perfectionner sur certains enchaînements, et surtout en ce qui concerne le dialogue avec le chanteur et le guitariste. La professeure, une petite femme athlétique endurcie, la fait danser en lui donnant des indications sur sa manière d’entrer ou de sortir et sur l’espace qu’elle doit occuper, et sur la manière dont elle doit écouter ou guider les musiciens. Le chanteur tape des mains suivant la métrique irrégulière du flamenco : 1 2 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ! Ricardo joue en fixant la danseuse. Ses doigts de la main gauche ne sont que l’ombre de danseurs imprévisibles qui voltigent déjà ailleurs sur le manche, si rapides. Et ceux de la main droite, entre les tremolos, les rumbas et des arpèges impétueux, suivent le pas de la danseuse, s’en décalent parfois, suivent le rythme d’autres fois, et c’est toujours dans un unisson parfait que le chanteur, la danseuse et Ricardo concluent sur un dernier pas, une dernière note, un dernier claquement de main. A chaque fois que la professeure stoppe la danse pour donner des indications à la danseuse, Ricardo improvise quelque chose en me faisant un clin d’oeil. C’est fascinée et émerveillée que je ressors dans la rue. Gracias Ricardo ! Gracias ! Il me propose de l’accompagner dans le bar brésilien dont il m’a parlé tout à l’heure, mais j’avais dit à Penumbra que je le retrouverais Plaza de Mayo ce soir, alors je me mets d’accord avec Ricardo pour le rejoindre plus tard. Il me répète plusieurs fois de bien le contacter quand j’arriverais. Je crois comprendre que c’est un bar pas vraiment public, où des musiciens de flamenco se retrouvent entre eux, dans l’arrière salle, et que « ça craint » un peu pour une fille seule comme moi. Je suis heureuse que Ricardo veuille me prendre sous son aile.