Continent: 
Amérique
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Louis
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2018
,
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guatemala
CHP
Mexique

Sujet d'étude: 
La société civile contre l'état ?

un voyage dans l'état du Chiapas au Mexique. Auprès de celles/ceux qui s'organisent et luttent contre les exactions commises à l'égard des pueblos originarios (peuples originaires), femmes, prolétariat, et de la terre. projet artistique, politique, socio-ethnologique


Parmi 30 élèves dans le grand bâtiment jaune de l’université de la Terre où se déroulent les cours de musique, un professeur se balade. Je noue un contact avec les élèves qui gravitent, effervescents. On joue de la guitare avec Francisco, timidement. Marco-Antonio, 15 ans, joue comme un dieu. Lorsque je propose de faire leurs portraits, ils se concertent, confondus en murmures. Marco-Antonio accepte, avec orgueil, verve, ce qui ne suffit pas à dissimuler sa gêne. Je n’ai jamais eu de modèles aussi dévoués, fiers et patients, calmes : suivront Elian, Francisco et Edgar. Il me semble difficile de résumer le contenu du séminaire qui eût lieu peu de temps après. Je tâcherais d’évoquer la structure de prise de parole qui régit l’exercice de ces séminaires. Une expression éloquente résume bien la nécessité de s’émanciper du mal gobierno central : « la autonomia es la vida, la sumission, la muerte » (l’autonomie c’est la vie, la soumission, la mort). Personnellement, je comprends cette phrase comme un pari quasiment Pascalien. Se soumettre aux lois et au monopole de la violence que détient l’état central, soi-disant « de droit », comporte un risque létal. L’autonomie quant à elle, l’acte de s’organiser, comporte aussi un risque de mort, mais ouvre cependant à une possible liberté. Mieux vaut donc, selon les zapatistes, s’organiser. La parole prend la forme d’une discussion, et non d’un débat. Le coordinateur rappelle que les allocutions de chacun ne seront ni gagnantes ni perdantes. Le séminaire s’appuie sur des textes emblématiques de l’histoire zapatiste (les récits du vieil antonio, du sub-commandante Marcos), ou sur des vieux mythes indigènes. Pour procurer de l’information sur l’actualité des luttes internationales, le séminaire puise aussi des articles auprès des journaux de gauche dont l’indépendance est avérée. C’est par exemple la Jornada au Mexique. La présentation des textes du corpus du jour est faite intégralement d’abord en tsotsile, ensuite en castillan. La part belle est aux modalisations : s’il se trouvait que le monde fut ainsi, il serait intéressant que… » sans qu’il ne manque d’interpellations (« les professeurs de langue sont des technocrates ») voire de cris du cœur (« je ne sais pas si vous m’avez compris mais au moins mon cœur est soulagé ») Ouvert au public, chacun est invité à prendre la parole s’il le souhaite. Le recours à la fable, aux citations d’anciens ou d’experts placés à gauche de l’échiquier politique donne voix aux timides et aux absents. La parole glisse sur les interventions qui n’ont aucune obligation d’être sous la forme d’un déroulé thématique cohérent. Place est faite aux digressions. Auditorium rectangulaire, salle en bois ornée de l’imagerie classique des zapatistes, cosmovisions des peuples originaires, savoir faire populaire du « mural » (fresques), et cartes géographiques stratégiques. Les curieux sont libres de siéger autour du rectangle central, de tables et de trônes. Tous sont invités à prendre la parole. Chacun des intervenants débute en général par remercier ceux qui ont partagé leur parole. Il y a des européens bilingues, des états-uniens, des argentins, brésiliens, une palestinienne, des foules de jeunes de l’université de la Terre, des ancien(ne)s, des descendants des peuples originaires. La place dans le discours est faite au calme, au temps entre les mots, aux gestes lourds et puissants, voire aux sourires qui s’accaparent avec magie l’attention. Le coordinateur doit avoir entre 20 et 22 ans, et il est très bon en diction, très agile avec ses mots, précieux, respectueux, prudent, mais sans détour. Il lit les articles mais effectue les transitions avec brio, sans feuille de route.